Littérature
Ma vie et mon oeuvre parmi les hommes
Lorsque ma majesté décida de descendre sur terre, elle choisit, pour s’incarner, de vêtir la robe discrète mais royale de la création littéraire. Bien sûr il aurait pu en être autrement. Mais alors la face du monde en aurait été changée. La nécessité aurait cessé de guider les astres, et, dans de vils travaux, le besoin urgent d’élucider le mystère de la vie se serait perdu.
Bien sûr j’aurais pu être Napoléon ou quelque autre tyran loyal. Bien sûr j’aurai pu incarner la puissance industrielle et faire basculer avec moi mon époque dans le grand trou narcissique du capitalisme. J’aurais pu, tout aussi bien, me parer du génie mathématique et désassembler la matière, mystifiant tous ceux qui n’ont pas ma profondeur de calcul, forçant leur esprit à voir l’infini miroitement des choses en elles-mêmes et redonnant ainsi tout son sens au néant.
Il aurait pu en être ainsi ou encore autrement. Car les crimes des hommes me sont autant familiers que les défis désespérés qu’ils lancent à l’Histoire. Oui j’aurais pu envoyer au fond des océans des générations entières de marins en pointant un doigt négligeant au dessus des eaux. J’aurais pu agiter la chevelure radioactive des grandes catastrophes nucléaires. J’aurais pu, tout aussi bien, faire périr l’humanité dans le vaste cauchemar des dérèglements écologiques.
Mais je vous ai épargné.
Alors il a fallu, que, malgré la cadence improbable de mon pouls, je vive au rythme du quotidien des hommes. Là, dans votre intimité, j’ai glané la matière, le fluide et l’idée me conduisant au prodige : vous recréer. Vous refaire vivre. Et ainsi modifier le principe qui, depuis son origine, régie la réalité terrestre...
- Hé ! Julien ! Redescends parmi nous, Julien. T’as écrit deux romans dont tu te rappelles peut-être même plus les titres !
- Mais si, si ! Les titres ? Je m’en souviens ! Le premier, ça s’appelle " La Description exacte d’une chose quelconque". Tu vois ! Et j’ai même l’année si tu veux : en 2002 ! Et l’autre, l’année d’après, c’était presque un anagramme. Attends...une seconde...ah oui, voilà : "La Dispersion", un roman.
- Et depuis ? T’as la tête dans la cuvette ?
- Mais qu’est-ce que tu me veux, toi, aujourd’hui. Je te sens méchamment agressif. Non ! Faut pas croire, j’ai pas l’air comme ça mais j’ai la trentaine prolifique. Le dernier, je peux pas tout de suite t’en parler. Tu sais, ça c’est une coquetterie d’écrivain. Tu peux pas comprendre !
- Allez arrêtes ! Lâches le ton titre !
- Ok, mais seulement si tu l’édites, mon ami.